L'ordre un peu oublié des Chartreux

08/03/2015 10:26

Au siècle dernier, il était de bon ton dans les familles bourgeoises de terminer un succulent repas par un digestif fort apprécié à l'époque : Une Chartreuse.

Pour anecdote, rappelons-nous que le soir du naufrage du Titanic, le 14 avril 1912, un dessert à base de Chartreuse était au menu des Premières Classes.

Evoquer la Chartreuse c'est aussi faire un bond dans le temps et  se remémorer un Ordre religieux qui brilla par sa discrétion, et qui compta dans ses rangs d'érudits chercheurs.

C'est saint Bruno et ses six compagnons (quatre clercs et deux laïcs) qui sont à l’origine de sa naissance. Cet Ordre prit nom du massif de la Chartreuse qui est situé au nord de Grenoble, sur la commune de Saint-Pierre-de-Chartreuse dans l'Isère, où ses premiers membres se sont établis, près de l'actuel monastère de la Grande-Chartreuse.

Son blason comporte un globe surmonté d’une croix entourée de sept étoiles avec la devise suivante : « Stat crux dum volvitur orbis » (La croix demeure pendant que la terre tourne)

Par humilité, les étoiles sont parfois placées sous le globe. Pour certains, les étoiles symbolisent Bruno et ses 6 compagnons dont l’arrivée à Grenoble fut annoncée par un songe prémonitoire à l’évêque saint Hugues, qui  rapporta avoir vu sept astres .Nous pouvons également penser que ces étoiles sont en miroir avec la constellation céleste qui se trouvait à la verticale du monastère à cette époque.)

Hugues de Grenoble ou Hugues de Châteauneuf fut Chanoine de Valence au légat du Pape Grégoire VII., un bénédictin de l’Abbaye de Saint-Pierre et Saint-Paul de Cluny.

L’ordre des Pères Chartreux connut son apogée en 1145. Nous savons qu'au  début du XVIe siècle. Il possédait alors  plus de 200 monastères affiliés. Mais la réforme  et les violentes secousses socioculturelles, puis la révolution française de 1789 dispersèrent les moines.

Selon la tradition la liqueur dite de  la chartreuse vit le jour en 1605, quand les moines de la Chartreuse de Vauvert, à Paris (emplacement de l'actuel Jardin du Luxembourg) reçurent du Maréchal d'Estrées un mystérieux manuscrit avec la formule d'un Élixir de Longue Vie, l’élixir  Alchimique légendaire qui aurait la vertu de prolonger indéfiniment la vie ou de conserver indéfiniment sa jeunesse…

En 1793, par mesure de prudence, ces derniers firent exécuter une copie de l'original  que gardait le seul religieux autorisé à rester au Monastère, un autre Père conservant toujours sur lui le précieux don de d'Estrée.       
Arrêté puis envoyé à Bordeaux, ce dernier trouva le moyen de faire passer hors de sa cellule le texte à un autre moine réfugié près du Monastère..

Ne pouvant à lui seul faire usage du précieux secret et pensant que l'Ordre des Chartreux ne serait jamais rétabli, il en concéda une copie à un pharmacien de Grenoble, Monsieur Liotard.          
En 1810, l'Empereur Napoléon Ier décidant que les « remèdes secrets » devaient être soumis au Ministre de l'Intérieur pour être examinés, afin d'être exploités par l'Etat, Monsieur LIOTARD adressa le manuscrit au Ministère;  on le lui retourna avec la mention « Refusé.» A la mort de Monsieur Liotard, les documents revinrent au Monastère de la Grande-Chartreuse.     
 En 1813, les derniers pères Chartreux quittent la grande

REMONTONS DANS LE PASSE

La naissance officielle des Chartreux eut lieu en 1140 sous le priorat de Saint Anthelme. Il semble être resté en sommeil, jusqu'au XIIIe siècle, époque où  saint Bruno le transforma en  un ordre religieux austère, contemplatif de vie cartusienne à vœux solennels, de type semi-érémitique (Qui a trait aux ermites.)

Celui qui prononçait ses vœux devait observer une clôture perpétuelle, un silence presque absolu, de fréquents jeûnes et l'abstinence entière de viande. Comme tous les membres, ils portaient un habit de chœur blanc, sans bandes pour relier les pans de leur cuculle, autrefois brun avec un scapulaire plus court serré avec d’une ceinture de cuir, et un capuce du même drap. Tous étaient  couverts du cilice ; une corde appelée « lombar » entourait leurs reins. (Lombar étais un terme en usage dans l’ordre des chartreux car celle-ci se portait sur la chair nue, c’était une chemise, ceinture d'étoffe rude portée à même la peau, par mortification...

En 1816, les Chartreux revinrent à leur premier monastère..

Expulsés de France en 1903,  les  moines de la Grande Chartreuse  transfèrent la fabrication de la liqueur à Tarragone en Espagne. Il faudra attendre dix-huit ans pour assister à leur retour en France  en 1921, à Marseille. En 1929 ils se réinstalleront à Voiron, Les années 30 marqueront la réapparition  des liqueurs voironnaises...de si bonne renommée.

« Au cours de la moitié du XXe siècle l'ordre franchira l'Atlantique et sortira des frontières européennes. Soit à la demande de sa hiérarchie locale (Brésil), ou bien à sa propre initiative. Les chartreux ont entrepris plusieurs fondations. La maison créée aux États-Unis en 1950, a été érigée en maison régulière en 1971 à Arlington (état du Vermont). Avec l'accord du chapitre général, au milieu des années quatre-vingt, puis à nouveau dix ans plus tard, le Révérend Père général Dom André Poisson diligentera plusieurs missions de prospection au Brésil, à la demande du président de la Conférence épiscopale, puis en Asie du Sud-est (Philippine, Corée) et finalement en Argentine. Elles débouchèrent sur la fondation en cours de stabilisation de trois maisons au Brésil (1984), en Argentine (1998) et en Corée du Sud (moine et moniales). »

De nos jours l’ordre se trouve présent sur 3 continents est celui-ci composé de 24 monastères qui hébergent un peu moins de 500 moniales et moines. Ceux-ci mènent une vie contemplative à l'écart du monde.

POUR LA PETITE HISTOIRE

« Le Père F…de Grenoble nous  rapporte que les moines chartreux portaient à leur ceinture de cuir une petite boule de cuivre contenant des plantes et dont ils se servaient pour guérir certaines maladies en la faisant infuser dans de l’eau bouillie ...»

 
En 1611, le Cardinal de Richelieu remercia avec chaleur le Révérend Père de la Chartreuse de Paris; celui-ci lui avait envoyé un bézoard* l'ayant soulagé d'une « fâcheuse maladie » (céphalées violentes, fièvre et des sueurs nocturnes. Le Paludisme)           
*(bézoard : pierre trouvée dans l'appareil digestif de certains animaux, à laquelle on attribuait des vertus médicinales).            

LA LIQUEUR DE LA  GRANDE CHARTREUSE

Trop complexe, la recette ne sera pas  exploitée immédiatement, mais fait cependant l'objet de travaux menés par l'apothicaire de la Grande-Chartreuse. En 1737, Frère Jérôme Maubec, apothicaire de la grande Chartreuse (Grenoble), réussit à mettre au point cette première liqueur, ancêtre de la chartreuse et produit l'élixir dans sa pharmacie et commence à en faire commerce. Sa commercialisation se fait par « Frère Charles » qui, à dos de mulet, va le vendre sur les marchés de Grenoble et de Chambéry, où il devient populaire. Cet élixir composée de 130 plantes est toujours commercialisé de nos jours, sous le nom d'Élixir Végétal de la Grande Chartreuse.

À partir de l'élixir, les Chartreux développent rapidement un digestif au goût original. Un Elixir mis définitivement au point en 1737, La « Verte », élaborée en 1764, la « Jaune » en 1838, la « Blanche » à deux périodes différentes, la « V.E.P. » (Vieillissement Exceptionnellement Prolongé) La recette originale, Sera ensuite commercialisée sous le nom de « liqueur de santé. »

Certains en usèrent et abusèrent !

LES CHATREUX AMIS DES CHATS

Avec leurs yeux couleurs cuivre et leur pelage court et bleuté, leurs joues rebondies, les Chartreux ressemblent à de bons "pépères " doux et affables. Certains prétendent que cette race est originaire de France, d'autres avec raison sans doute estiment que ces adorables chats auraient été adoptés par les moines au retour des croisades. Un fait est certain, leur présence dans divers monastères, était une garantie de la non présence des rats vecteurs de la peste et ravageurs des réserves de grains et autres denrées.

Le Chartreux est un enjôleur qui par sa douceur s'attire dès le premier jour l'amour de ceux qui l'adopte. La grande Colette en possédait un. Le générale de Gaulle également; Il l'avait baptisé Grigri. Ce fut son compagnon des derniers jours à Colombey les deux Eglises.  .  

 

Guy Tarade et Christophe Villa-Mélé©

Illustration infographique par Christophe Villa-Mélé

 

Sources pour la réalisation de cet article :

 

- Travaux personnels

De Messieurs Guy Tarade et Christophe Villa-Mélé

 

- http://fr.wikipedia.org/wiki/Ordre_des_Chartreux

- http://www.chartreux.org/

- http://www.equi-nox.net/t2774-l-ordre-des-chartreux

- http://www.mesfavorisites.com/histoire-des-liqueurs-chartreuse.php

- http://fr.wikipedia.org/wiki/Chartreuse_%28liqueur%29

- http://www.chartreuse.fr/index.php?lang=fr&accueil=1

- evurdondisha.grafbb.com/t178p10-elixir-de-vie-elixir-de-jouvence

- http://nominis.cef.fr/contenus/saint/901/Saint-Hugues-de-Grenoble.html

- http://fr.wikipedia.org/wiki/Hugues_de_Grenoble

- http://gchenal.perso.neuf.fr/index.php?rep_c=fetes&fic_c=bruno

- http://www.shp-asso.org/index.php?PAGE=expositionpublicit%E9

-  http://fr.wikipedia.org/wiki/1605_en_France

- http://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Balsamo

- http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lixir_de_longue_vie

- http://bruxelles-mystere.skynetblogs.be/archive/2009/12/21/l-elixir-de-vie-et-le-duc-d-albe.html

- http://cardinalderichelieu.forumactif.com/t206-les-maladies-du-cardinal