Un temps hors du temps

10/05/2015 08:27

Tous les ans, le 21 avril, une grande couronne de fleurs et des dizaines de bouquets sont déposés sur la tombe de Manfred Von Richthofen, dans le cimetière de la rue des Invalides, à Berlin, à deux pas de cette partie Est de la capitale allemande, là où autrefois se dressait le « mur ». Deux fois par an c’est un cérémonial qui dure depuis 1926, un hommage est ainsi rendu anonymement sur une vieille pierre grise minée par le temps.

Là repose un des plus grand as de l’aviation allemande abattu en mission le 21 avril 1918 dans la Somme. Il avait 25 ans. Ce jour là, violant ses propres principes de chasse, l’as n°1 de la Première Guerre mondiale, laissa un avion voler derrière lui et au-dessus de lui. Sa témérité l’a conduit à la mort. Lorsqu’il aperçoit Wilfred May, un jeune aviateur qui a rompu le combat, il décide de la poursuivre. Un peu plus loin, Roy Brown, aussi canadien  et compagnon de May, le repère et le prend en chasse. Il mitraille l’avion du Baron Rouge aidé des artilleurs australiens au sol. Aujourd’hui encore, les Canadiens et les Australiens revendiquent sa mort. Richthofen est inhumé en France avec tout le respect que ses ennemis lui portent. Son corps sera exhumé huit ans plus tard et envoyé à Berlin où il repose toujours.

C’était le crépuscule de l’aigle. On sait désormais qu’il s’écrasa au sol en flammes avec le Fokker tout rouge qui lui avait valu son surnom. Avec ses quatre-vingts victoires confirmées en deux ans, le «  Baron Rouge » avait déjà sa légende bien établie des deux côtés du front.

Manfred Von Richthofen était né le 2 mai 1892 ; il était le fils d’un officier noble. En 1911, il entra dans la cavalerie, et, en 1915, dans l’armée de l’air. Lorsque l’on retrouva son corps, il portait sous sa combinaison de vol un uniforme de uhlan et des bottes brillantes.

Ce chevalier du ciel aux longs cheveux blonds allait de mission en mission, se disant, comme tous les pilotes, qu’un jour ce serait son tour de tomber en flammes. Il avait descendu son premier avion en avril 1916. Il en fut si excité qu’il atterrit près de sa victime pour se rendre compte de la manière dont cela s’était passé.

Le capitaine Brown avait douze victoires à son actif lorsque l’avion du « Baron rouge » apparut dans son collimateur de tir.

« J’avais tous les atouts en main ; j’étais derrière lui et au-dessus de lui : c’est à l’aide de sa propre technique que je l’ai abattu, devait dire plus tard le capitaine canadien. »

Manfred Von Richthofen volait très bas, et Brown était à moins de cent mètres de lui lorsque sa mitrailleuse cracha la mort sur le Fokker.

Les Anglais après avoir rendu les honneurs à la dépouille de l’aviateur, se rendirent  au-dessus de son aérodrome pour larguer un message annonçant à ses camarades de combat qu’ils avaient perdu leur chef.

 

Guy Tarade et Christophe Villa-Mélé©

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